05 Oct 2015
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27 juillet 2015. Une époque est révolue. L’hôpital SSM (Sécurité Sociale dans les Mines) en face de l’église de Hochwald, construits tous deux pour répondre aux besoins de la population employée par les HBL, sont désormais des ombres de leur passé glorieux. Le curé Hesse de Hochwald a été le témoin de cette ère faste. Lui aussi est parti. Ses funérailles représentent pour moi une transition entre deux âges, deux mondes, deux modes de pensées ; il me fallait saisir ce moment en images.

Photographier l’humain est un exercice psychologique autant que technique. Dans des circonstances favorables (aux mariages, exemple pris par hasard!), le photographe est accueilli avec bienveillance voire avec enthousiasme. Mais quelle conduite devrais-je adopter lors d’une cérémonie funéraire ? Je serai bardé de mon matériel photo et je me déplacerai… Serait-ce des regards réprobateurs que poseraient sur moi les participants à la messe d’enterrement ? Ma conviction était que ces images allaient servir d’intérêt général. De toute façon, témoigner ma gratitude envers le curé Hesse n’était possible qu’à travers ce que je sais faire de mieux avec mon cœur : la photo. Finalement, malgré l’anxiété, je me suis plongé dans cette dernière messe avec confiance, discrétion et empathie. Et puis qu’avais-je à craindre ? J’avais été enfant de chœur du curé Hesse à Hochwald. J’étais chez moi. Je connais le rituel par cœur. Alors pour les photos, je savais où me placer, quand me déplacer, tout en restant discret (être photographe, c’est aussi avoir des connaissances dans des domaines très éloignés de la photo!). Les premières réactions positives à ce reportage m’ont réconforté dans mon choix.

Encore une fois, cet enterrement marque la fin du petit monde des cités minières, la fin de la pensée HBL. Les Houillères du Bassin de Lorraine fournissaient le travail mais aussi les logements, les loisirs, les commerces – tout pour que la population reste bien docile et évite de mener une réflexion par soi-même. Aujourd’hui encore les veuves de mineurs et les vieux retraités des mines imposent cette vision à leur entourage : tout leur est dû, c’est comme ça. Le curé Hesse était un homme bon, issu de l’après-guerre mais sachant évoluer avec son temps. On ne peut pas en dire autant de ses ouailles. J’ai rencontré peu de personnes intelligentes dans la communauté paroissiale (mais je suis infiniment reconnaissant envers MM. Bregar, Zingraff et Ribic et M. et Mme Ernst). J’ai grandi dans un terreau cosmopolite et catholique. Pourtant, les leçons d’humanité, je les ai apprises avec ma compagne athée, un photographe animalier, des conseillers en marketing, un moine bouddhiste, des scientifiques… Les paroissiens de Reumaux, Hochwald, Cuvelette parlent le platt (dialecte allemand) entre eux, portent des noms yougos, polaks, ritals, ont des contacts avec des cousins restés au pays. Les jours d’élection, ils s’en vont voter au foyer paroissial. Les meilleurs scores du FN à Freyming-Merlebach, c’est ici. Leur mentalité m’écœure. Aujourd’hui je peux enfin leur souhaiter bon vent dans leur archaïsme.